Rassembler et exploiter les résultats des élections municipales :
un travail de détective

Les résultats des élections municipales 2020 sont disponibles dans l’Observatoire des Votes en France depuis lundi 29 juin, dès le lendemain matin du second tour. Pour que ceci soit possible, un minutieux travail de recherche et de préparation s’avère nécessaire en amont, comprenant 3 étapes.

La première étape consiste à fureter sur la toile pour dénicher les « bons » liens de téléchargement. Les résultats électoraux sont publiés au fur et à mesure de leur disponibilité par le Ministère de l’Intérieur, au format xml (https://elections.interieur.gouv.fr/telechargements/MUNICIPALES2020/). Ils sont ensuite mis à disposition sur la plateforme de données publiques data.gouv.fr, au format txt/xls (https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/municipales-2020-resultats-2nd-tour/).

3 étapes pour intégrer les données dans l’OVF

Une fois les fichiers téléchargés, la deuxième étape est la plus complexe. Elle correspond aux traitements à effectuer pour rendre les données exploitables. Pour cela une expertise en traitement statistique des données est un atout indiscutable et la maîtrise d’outils tels que le logiciel R, une aide appréciable. En effet, les résultats des élections municipales présentent un certain nombre de subtilités, qui les rendent nettement plus délicats à traiter que ceux des élections présidentielles par exemple.

Les élections municipales sont un scrutin local à 2 tours. Cependant, le 2d tour ne concerne qu’une petite partie de l’ensemble des communes. Le mode de scrutin est différent selon la taille de la commune : majoritaire et plurinominal pour les communes de moins de 1 000 habitants, proportionnel, de liste, avec prime majoritaire pour les communes de 1 000 habitants et plus. La détermination de celui ou celle qui remporte l’élection n’est donc pas si simple.

Pour caractériser la liste arrivée en tête, très utile pour la représentation cartographique, on utilise la notion de « nuance ». Cela concerne les communes de 3 500 habitants et plus ou les chefs-lieux. Ces nuances sont définies par les préfectures : 23 nuances de listes sont établies en 2020, regroupées en 6 « blocs de clivage ».

Enfin, dernière subtilité, le nombre de sièges à pourvoir dépend mathématiquement de la tranche de population de la commune, mais peut être augmenté s'il s'agit d'une commune nouvelle, afin de ne pas réduire brutalement le nombre de conseillers municipaux en cas de fusion de communes. Cela influe aussi quelquefois sur l’organisation ou non d’un 2d tour.

Dans quelles communes y a-t-il un second tour ?

De ce fait, il est impossible, dans certains cas, de savoir à l’issue d’un premier tour, au vu des sièges pourvus, si un second sera nécessaire ou organisable. Autre cas particulier : pour organiser une élection, cela semble une évidence, il faut qu’il y ait des candidats. Or, quelques semaines avant le premier tour, plus de 100 communes n'en avaient pas. Ce nombre de communes sans candidat s'est toutefois réduit entre les deux tours.

Pour savoir quelles communes ont organisé un 2d tour, le plus sûr finalement est de se reporter aux sources officielles du Ministère de l'Intérieur, mises à dispositions quelques jours avant le scrutin (https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/elections-municipales-2020-liste-des-candidats-elus-au-t1-et-liste-des-communes-entierement-pourvues/ et https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/elections-municipales-2020-candidatures-au-second-tour/).

Géoclip Observatoire des Votes en France municipales 2020La troisième et dernière étape est une étape habituelle pour les administrateurs d’observatoires Géoclip : mettre en forme le jeu de données pour correspondre aux référentiels géographiques (fond communal 2020) utilisés dans l’observatoire, définir les indicateurs (inscrits, votants, exprimés, votes blancs ou nuls, nuance ou bloc arrivé en tête), les documenter, ajuster les palettes de couleurs pour les analyses thématiques.

Quelques-uns des pièges à éviter

Plusieurs listes peuvent avoir la même nuance, y compris dans le tiercé de tête. Il convient donc d’éviter de regrouper les voix trop vite par code nuance, par exemple si le fichier de départ est constitué par bureau de vote. Il peut arriver aussi qu'un candidat tête de liste change de nuance au 2d tour (par exemple, à Lyon, où la liste écologiste fusionne avec des listes de gauche pour former une liste d’union de la gauche).

Il faut aussi penser à prendre en compte les particularités de Paris, Lyon et Marseille, où les listes se présentent séparément dans chaque arrondissement, alors que la carte présente les résultats pour des communes entières. Autre exercice demandant de l’attention et de la finesse : établir une palette de couleurs pour les 23 nuances !

Pour permettre les comparaisons avec le scrutin précédent de 2014, la géographie communale ayant évolué en raison de nombreux regroupements de communes, l’intégration des données nécessite l’agrégation de la géographie 2014 vers la géographie 2020, ce qui requiert une bonne maîtrise du code officiel géographique et des traitements plus fins en ce qui concerne les typologies.

Grâce à cette minutieuse préparation, voilà comment l’utilisateur de l’Observatoire des Votes en France peut, au bout du compte, dès 9 heures le lendemain du scrutin, cartographier 148 indicateurs relatifs aux élections municipales 2020 et obtenir un outil d’analyse hors du commun, permettant également des comparaisons avec d’autres scrutins. La carte ci-après montre le bloc arrivé en tête au 2d tour.